
Il y a a quelques jours, j’assistais pour la première fois à une vente aux enchères. Des acheteurs dans la salle, au téléphone et sur internet, apparemment tous brocanteurs et antiquaires, enchérissaient à tout va pour acheter des objets d’art asiatiques dont les prix allaient de trente euros à plusieurs milliers d’euros. Vases, paravents, vaisselle, statues et statuettes, katanas et tsubas (c’est-à-dire des gardes de katana), pipes à opium, estampes et peintures, masques de théâtre nô, boîtes en émaux cloisonnés ou non, coffres, chaises, bureaux, armoires, lits…







Une acheteuse par téléphone acquit pour deux ou trois mille euros je ne sais combien d’assiettes, soupières et autres aiguières bleues de Chine produites pour l’exportation et commercialisées par la Compagnie des Indes que pour ma part, j’aurais bien offertes à la ressourcerie voisine…. Un vieil acheteur en salle, sourd comme un pot qui ne cessait de fourrager dans un grand sac en plastique siglé Leclerc et dont le téléphone extrêmement bruyant sonnait sans cesse, acheta lui aussi de nombreuses assiettes blanches et bleues.
Je rêvais de statuettes de servantes Han et Tang dont les mise à prix n’étaient pas toutes énormes, mais qui très vite s’envolèrent à des prix faramineux. Hélas hélas.
Je me fis souffler un lot de superbes sceaux chinois par un couple de pros en salle qui avait la technique, l’habitude. Les salauds. Je les hais. Qu’une renarde à neuf queues vienne nuitamment leur croquer les orteils !
Mais je parvins à rafler un énorme sceau sculpté représentant un buffle qui déguste une fleur.

Sur la paroi verticale est gravée la phrase suivante : « Fenêtre lumineuse, table immaculée, pinceau, pierre à encre, papier et encre d’une qualité exquise : l’un des plaisirs de la vie du lettré ».

Ce texte est la traduction en caractères contemporains de la phrase gravée sur la partie “sceau” en caractères sigillaires, que très peu de personnes sont capables de lire. Cet objet n’est pas très vieux, il date du XXe siècle, sans plus de précision.

La base mesure 5 cm x 12 cm. C’est gros, pour un sceau. C’est énorme. Pas facile de trouver une peinture assez grande pour l’accueillir. Il va falloir que je barbouille des arbres encore plus imposants ! Et puis, si l’on considère l’objet à l’aune des critères occidentaux, il est un tantinet kitsch, ce buffle. Certes. Si on le considère à l’aune des critères occidentaux.
C’était ma première vente aux enchères, et sûrement pas la dernière. J’ai bien enregistré toutes les astuces des acheteurs, je suis maintenant prêt, placide tel un buffle se délectant d’une fleur.
Et c’est ainsi que Lao-Tseu est grand.






































































































































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