
Séjour dans les monts Fuchun de Huang Gongwang, première partie

Séjour dans les monts Fuchun de Huang Gongwang, seconde partie
Séjour dans les monts Fuchun 富春山居圖 est une œuvre de Huang Gongwang, réalisée entre 1347 et 1350. C’est l’une de mes peintures préférées. Je la trouve fascinante, j’en ai même acheté une reproduction aux dimensions réelles, 6,90 mètres pour une hauteur de 33 centimètres.

On traduit habituellement le titre 富春山居圖 par Séjour dans les monts Fuchun. Les anglophones, eux, disent Dwelling in the Fuchun Mountains, soit Habiter dans les monts Fuchun. Le titre français suggère faussement un moment court, un séjour ; le titre anglais, fidèle à l’original, suggère une résidence permanente dans une maison. On peut, toutefois, traduire autrement ce titre par Vivre retiré dans les monts Fuchun.
La vie retirée dans les montagnes, autrement dit le fait que des fonctionnaires abandonnent la vie publique pour devenir ermites, ou du moins solitaires, éloignés des affres du monde, est un thème classique dans la peinture chinoise. Parfois, ces peintures consacrées à la vie retirée mentionnent le nom du lieu où vit le reclus. Comme ici, où l’on nous parle des monts Fuchun qui sont une suite de collines et de montagnes basses traversées par un fleuve, le Fuchun, dans la province du Zhejiang (le nom du cours d’eau a, par extension, donné son nom aux collines avoisinantes). Mais, bien qu’il ait réalisé des premiers croquis d’après nature, il serait vain de se rendre sur place pour tenter de retrouver les lieux peints par Huang Gongwang. Ses monts Fuchun sont des monts idéaux, des monts rêvés.
Suite à un incendie dont je parlerai plus tard, cette peinture est en deux morceaux : un petit, qui appartient au musée provincial du Zhejiang à Hangzhou, et un grand, dans les mains du musée national du Palais à Taipei (Taiwan).
Voici le petit morceau :

Et voici le grand, que j’ai découpé en deux parties pour plus de commodité :

Partie droite (début du rouleau)

Partie gauche (fin du rouleau)
Le voici maintenant découpé en… treize parties. Parce que traditionnellement, on ne regarde jamais un rouleau totalement déroulé. On le savoure par petits bouts d’environ cinquante centimètres de long, en commençant par la droite. Ainsi, il y a toujours un mouvement de droite à gauche, et donc une espèce de narration. Et l’on cherche, dans cette peinture parfois touffue, des personnages franchissant des ponts, des pêcheurs dans leurs barques, des maisons nichées au flanc des collines, des voyageurs longeant un sentier, des pavillons destinés à la contemplation du paysage. On va de droite à gauche mais on peut revenir en arrière, grimper un sommet, en redescendre. C’est une promenade sans fin ou presque. Passer sa vie dans les monts Fuchun…













On peut aussi considérer la manière dont cette peinture a été réalisée : une première couche d’encre légère, très délayée avec un pinceau demi-sec pour tracer les collines, ou très liquide pour évoquer quelques arbres ; puis une seconde couche d’encre plus épaisse, plus noire, pour dessiner arbres, maisons, personnages. Et c’est tout ! Il existe beaucoup de copies du Séjour dans les monts Fuchun. Mais aucune d’entre elles n’égale cette géniale économie de moyens.
Sous la dynastie Ming, ce rouleau appartenait à un collectionneur fou nommé Wu Hongyu. À l’approche de sa mort, en 1650, il demanda à son neveu que le rouleau soit brûlé et que ses cendres soient disposées dans sa tombe, afin que la peinture l’accompagne dans l’au-delà. Le collectionneur décédé, le neveu commença à mettre le feu à la peinture puis il se dit que c’était trop bête et stoppa l’incendie. Il aurait pu y penser avant, mais bon… Raison pour laquelle nous disposons maintenant de ce rouleau en deux parties. La plus petite vient à droite de la plus grande. Il en manque certainement un bout à droite, et il en manque un bout à gauche, à la jointure des deux parties. Mais tout n’est heureusement pas parti en fumée, c’est le principal. Le plus petit morceau est donc, comme je le disais plus haut, conservé par le musée de Zhejiang à Hangzhou. Le plus grand est dans les mains du musée national du Palais à Taipei (Taiwan). Pourquoi se trouve-t-il là, en dehors de la Chine ? Parce qu’en 1949, quand les troupes nationalistes de Tchang Kai-chek ont fui vers Taiwan sous l’avancée des communistes, considérant que ceux-ci détruisaient tous signes du passé, et singulièrement les œuvres d’art, ils ont emmené avec eux des tonnes de trésors nationaux qui sont maintenant conservés au musée national du Palais de Taipei (Taiwan).
En 2019 est sorti un film qui porte le même nom que la peinture, Séjour dans les monts Fuchun (Dwelling in the Fuchun Mountains) de Gu Xiaogang. Ce titre est celui donné par les distributeurs internationaux, ce n’est pas l’original chinois, 春江水暖, qui signifie Les eaux du fleuve se réchauffent au printemps. Mais il s’agit bien de ces monts Fuchun, non loin de la ville de Fuyang, ville natale du réalisateur, qui fut absorbée par la ville de Hangzhou.

C’est un film absolument remarquable, magique, émouvant, magnifique. Un chef d’œuvre, en quelque sorte. Un film qu’on n’oublie pas. Je vous souhaite un bon séjour dans les monts Fuchun.
Et c’est ainsi que Lao-Tseu est grand.



































































































































































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