Chercher des prunes dans la neige

Deux sceaux récents, paire indissociable, le premier en caractères rouges sur fond blanc, très anguleux :


Planter des pins après la pluie
Écouter les bambous dans le vent

Le second, en caractères blancs sur fond rouge, tout en courbes :


Chercher des prunes dans la neige
Admirer les chrysanthèmes dans le givre


Ces deux sceaux trouvent leur origine dans un sceau – dont je ne connais ni les dimensions ni le nom de l’auteur – qui réunit ces quatre vers :


Planter des pins après la pluie
Écouter les bambous dans le vent
Chercher des prunes dans la neige
Admirer les chrysanthèmes dans le givre


雨后栽松
风中听竹
雪裡寻梅
霜千赏菊


Le sens de ces mots, hélas, me demeure obscur. Cela dit, la prune, le prunier et la fleur de prunier, associés parfois à la neige, reviennent souvent dans la poésie, dans des expressions en quatre caractères qu’on appelle chengyu, et donc dans les sceaux. En voici trois autres gravés par mes soins, dont la signification m’est connue :


Chevaucher dans la neige à la recherche de la fleur de prunier 踏雪寻梅 
(Être à la recherche de l’inspiration)

Le même dans un style différent :


Chevaucher dans la neige à la recherche de la fleur de prunier 踏雪寻梅 
(Être à la recherche de l’inspiration)

 


Demander des nouvelles du prunier 問梅消息
(copie d’un sceau de Chen Hong Shou 陈洪绶, 1598-1652,
Demander des nouvelles de chez soi)


Et maintenant trois autres exemples d’expressions à haute teneur en acides chlorogéniques, parmi beaucoup d’autres :

Étancher sa soif en regardant les prunes ou Penser aux prunes pour étancher sa soif 犹望梅止渴
Se consoler de désirs non réalisés avec des fantasmes vains. 

Prune désaltérante 止渴之梅
Son acidité provoquant la salivation, ce fruit soulage la soif. Prune désaltérante peut donc se traduire par Offrir un certain soulagement.

L’âge des prunes qui tombent 摽梅之年
Les prunes mûres à terre désignent une jeune fille en âge de se marier.

 

Cadeau bonus

Recette pour réaliser un baldaquin en papier à fleurs de prunier issue des Réflexions sur la vie à la montagne de Lin Hongshan 林洪山 (dynastie Song) : quatre piliers laqués de noir étaient érigés aux coins du lit, soutenant un dais. Du papier blanc fin était tendu sur le dais, ainsi que sur les parois verticales de la tête et du pied de lit, des rideaux étaient suspendus de chaque côté de l’entrée du lit. À l’intérieur de ce baldaquin en papier, un vase en étain était suspendu à chacun des quatre piliers, chaque vase contenant une branche de prunier fraîchement coupée. C’est ainsi qu’était réalisé le baldaquin en papier à fleurs de prunier.


Notice moderne, genre magasin suédois



Ici les branches de prunier en fleur sont fixées au plafond du baldaquin


Et c’est ainsi que Lao-Tseu est grand.

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