Le petit pan de mur blanc
dimanche 14 décembre 2025, 11:53 Calligraphie 书法 Lien permanent
Dans mon atelier il y a un petit pan de mur blanc sur lequel sont accrochées deux calligraphies :

L’expert attentif remarquera, dans le coin inférieur gauche, un interrupteur de marque Legrand datant des années 1980. Mais nous nous éloignons du sujet. Le première calligraphie est très célèbre. Il s’agit d’un extrait du Livre des Rites datant de la dynastie Yüan (13e-14e s.), rédigé par un anonyme en style « herbe » caoshu 草书.

Le texte dit :
« L’arrogance ne doit pas se développer ;
les désirs ne doivent pas être assouvis ;
l’ambition ne doit pas être débridée ;
les plaisirs ne doivent pas aller jusqu’à l’extrême. »
Pas super rigolo, comme ligne de vie, mais cette page est considérée comme le nec plus ultra en matière de calligraphie chinoise.
Juste au-dessous, parce que le ridicule ne tue pas, une calligraphie dont je suis l’auteur.

Elle est toute bancale, penche du mauvais côté parce que je suis gaucher, mais je l’aime bien (il faudrait quand même que je la refasse…) Elle dit, en écriture Petit Sigillaire, « Peindre la poésie » 绘画诗歌. Le sceau en haut à droite dit la même chose dans une typographie toujours sigillaire mais légèrement différente ; le texte en haut encore plus à droite dit encore la même chose en caractères courants ; le sceau en bas à gauche est l’un de mes sceaux signature, Lao Shi 老石, Vieux Rocher. Le cadre a été acheté chez Auchan.
Et c’est ainsi que Lao Tseu est grand.
Commentaires
A chaque fois je souris à ton adaptation Vialattesque. Merci.
Et je crois que je serai incapable de citer une marque d’interrupteur même si ma vie en dépendait.
« cette page est considérée comme le nec plus ultra en matière de calligraphie chinoise » > parce qu’elle est composée de sinogrammes complexes ? Il semble ne pas y avoir de yǒng 永 pourtant. 😉
J’aime bien l’idée de peindre la poésie… tout comme ce que tu en as fait.
Est-ce que peindre la poésie n’est pas peindre une chose qui est déjà un peu une peinture elle-même ?
Le tout fait un bien joli pan de mur blanc.
ORPHEUS : Ce sont des caractères tellement transformés que même s’il y avait eu yǒng 永, on ne l’aurait pas reconnu.
À part ça, Le peintre-poète Su Shi, du 11e s. (Song du nord), avait dit à propos
du peintre-poète Wang Wei (8e siècle) :
« Il y a de la poésie dans sa peinture et de la peinture dans sa poésie. »
Est-ce qu’on peut transposer ce genre de phrase qui a le don de décourager ceux qui arrivent après ? Il y a du lard dans sa paupiette et de la paupiette dans son lard ?
« Il y a de la poésie dans sa peinture et de la peinture dans sa poésie. » > Et il y a quelque chose dans cette phrase qui me donne le sourire.
C’est malin, j’ai envie de paupiettes maintenant… 😋