Bonsoir, la rose

Le premier roman que j’avais conseillé dans cette série, Quatre générations sous un même toit de Lao She, comportait 1 800 pages. Le suivant est bien plus court, 213 pages seulement. Il s’agit de 

Bonsoir, la rose
de Chi Zijian 


L’histoire se déroule de nos jours à Harbin, dans le Heilongjiang, c’est-à-dire dans le Grand Nord, l’ex-Mandchourie, à quatre cents kilomètres environ de la frontière russe. Harbin n’a vraiment rien à voir avec Pékin, dont il était question dans Quatre générations sous un même toit de Lao She. C’est une ville moderne, certes, chinoise, certes, quoique. On y compte des églises orthodoxes et  des synagogues à bulbes, d’antiques hôtels russes, et même une vieille logeuse juive, Léna, qui s’est réfugiée en Mandchourie après la révolution d’Octobre et chez qui l’héroïne, Xiao’e, va habiter. « Nous découvrons avec elle, nous dit la traductrice, le Harbin du siècle dernier, refuge des Juifs exilés, puis occupé par les Japonais avant et pendant la Deuxième Guerre mondiale. »

Xiao’e, elle, va évoquer la campagne, le Grand Nord si souvent enneigé, ses longues soirées d’hiver, ses esprits, ses fantômes. Xiao’e, d’ailleurs, se croit fille de fantôme. Pour une bonne raison liée à cette chose dont elle mettra du temps à parler, et qui est le cœur du roman. Je n’en dirai pas plus, sauf deux mots à propos du titre. Que signifie ce Bonsoir, la rose, dont le titre original est Bien l’bonsoir, la rose ? « La femme est une rose, l’homme est l’abeille, dit l’un des personnages. Quand il a fini de butiner son pollen, qu’elle n’a plus d’attraits pour lui, il s’envole vers une autre rose. »

Voici les premiers mots de ce roman :

« Léna Ji fut ma troisième logeuse à Harbin. Elle avait plus de quatre-vingts ans lorsque j’ai fait sa connaissance. 
Sa maison se trouve dans le quartier Daoli, tout près de la grand-rue. C’est un petit immeuble de briques et de bois de couleur crème, dans le style des maisons russes traditionnelles. Elle doit dater d’il y a soixante-dix ou quatre-vingts ans. Avec son toit pentu plein de charme, sa terrasse ouverte, ses hautes fenêtres étroites et ses petites marches, elle tranche sur la forêt de béton environnante. Elle fait penser à un faon naïf et gauche, vif et espiègle, venu s’abreuver au fleuve en cachette. »

Chi Zijian, l’auteure, est née à Mohe, un village au bord du Cercle arctique. Et si tous les romans qu’elle écrit se passent dans sa région, ils sont tous très différents. Tantôt c’est la ville, Harbin, qu’elle a appris à aimer, tantôt c’est l’hiver dans le Grand Nord, la vie des gens de ce coin, mi-russes mi-chinois, nomades souvent, éleveurs de rennes. Chi Zijian a écrit une quarantaine de nouvelles et romans. Bien peu ont été traduits, malheureusement, en voici la liste intégrale : Le courage des oiseaux migrateurs, Neige et corbeaux, À la cime des montagnes, Le dernier quartier de lune, Toutes les nuits du monde et Bonsoir, la rose. Six romans absolument magnifiques, tous parus aux éditions Picquier. Chi Zijian est l’un de mes auteurs préférés.

 

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