Adieux au bord d’un ruisseau par temps clair
vendredi 31 juillet 2026, 05:07 Peintures de paysage 山水画 Lien permanent
Une peinture par jour pendant tout le mois de juillet. Jour 31.
Zhao Yuan 趙原 (actif entre 1350 et 1375, dynasties Yuan et Ming), Adieux au bord d’un ruisseau par temps clair

Quand on regarde des peintures chinoises de paysages, on a l’impression qu’elles se ressemblent toutes : montagnes, cascades, brouillard, toujours la même chose. S’il est vrai que ces éléments reviennent inlassablement (ils sont la clé de voûte du shanshui hua 山水画, c’est-à-dire du paysage chinois peint), il est aussi vrai que les thèmes sont assez variés : lettrés en contemplation devant une cascade, ou bien en excursion, ou encore se rendant chez un ami ermite, ou en barque au pied de la célèbre Falaise rouge, ou traversant les gorges du Yangtze, sans parler des pêcheurs, des pins dans la brume, etc. Le registre n’est pas si étroit qu’il y paraît.
De la même manière, il existe une multitude de styles. Dans ces Adieux au bord d’un ruisseau par temps clair, Zhao Yuan a pratiqué une touche quasiment pointilliste rappelant la manière de Wang Meng, dont il était l’ami : les rares lignes utilisées servent à délimiter les personnages, la barque et les troncs des arbres, le reste n’est que taches.

Chez Zhong Li, dont il fut question avant-hier, point de taches, point de points, mais beaucoup de lignes et surtout, pour traiter les rochers, des coups de pinceau qu’on appelle “coups de hache”, obtenus en utilisant le côté du pinceau au lieu de la pointe. Cette technique, inventée par Li Tang (1050–1130, dynastie Song), a atteint des sommets avec Ma Yuan, dont j’ai déjà parlé ici à plusieurs reprises.

À part ça, la vie de Zhao Yuan, auteur de ces Adieux au bord d’un ruisseau par temps clair, n’a pas été un long fleuve tranquille. Fin lettré faisant partie de l’intelligentsia de Suzhou (à l’ouest de l’actuelle Shanghai), il avait grandi et vécu le principal de sa vie sous la dynastie Yuan. Et voilà que patatras ! en 1368 les Ming renversent les Yuan et prennent le pouvoir. L’empereur Hongwu, premier de cette dynastie, ordonne bientôt à Zhao Yuan de rejoindre sa cour à Nanjing afin de devenir peintre officiel. Ce dernier accepte, c’était ça ou s’enfuir dans la montagne pour devenir ermite bouddhiste et bouffer des herbes. Mais l’empereur, qui se méfie des lettrés de Suzhou ayant servi sous les Yuan, le fait assez vite décapiter sous un prétexte futile, d’un coup de hache plus tranchant qu’un coup de pinceau. Tchak. Fin de l’histoire, fin de cette série de billets juilletistes.
Et c’est ainsi que Lao-Tseu est grand.


Commentaires
Plutôt tranchante la censure du coin à l’époque !!! Un grand merci pour cette belle série du mois de juillet :-)
Merci pour cette série. Bien que novice sur le sujet, j’y ai pris beaucoup de plaisir.