Le monde dans un pouce carré 4
samedi 30 août 2025, 18:50 Sceaux 印章 Lien permanent
Pour composer un sceau il existe des grilles aidant à tracer le texte de manière logique, géométrique. Voici quelques exemples de découpage d’un espace carré, selon le nombre de caractères à graver.
Voici maintenant deux sceaux que j’ai créés qui utilisent un découpage de l’espace en quatre parts égales, selon le premier exemple de la dernière ligne de l’image ci-dessus. Mais en utilisant deux styles de caractères, pour un texte identique :
L’important, c’est l’équilibre.
Voici maintenant un sceau déséquilibré, de l’aveu de son créateur. Trop de blancs dans la colonne de gauche, deux caractères trop chargés en bas. À droite, un croquis rétablissant (selon moi) l’équilibre avec des caractères modifiés. Ici la grille de découpage est encore une fois assez simple, deux colonnes coupées en quatre parts égales pour huit caractères.
Cela dit, on peut sortir des grilles imposées et des formes prédéfinies des caractères qui tous, idéalement, doivent entrer dans un carré et occuper l’espace tout entier. Plusieurs graveurs du 20e siècle brisèrent les grilles, en voici trois.
Qi Baishi (1864-1957)
Des caractères taillés à la hache. De grands blancs volontaires. Disparition quasi systématique des espaces entre les caractères. Personne avant lui n’était allé aussi loin dans la “déconstruction”, comme on dirait maintenant.
Shou Shigong (1885-1950)
Des traits d’épaisseurs très variables, les symétries chamboulées.
Deng Sanmu (1898-1963)
1. Un caractère central isolé tel un escargot, forme ancienne du caractère “nuage”.
2. L’œil attiré par le caractère en haut à gauche tel un rire, forme ancienne du caractère “courage”. Savants déséquilibres.
Et parce que je ne crains pas le ridicule après ces grands maîtres, voici deux de mes sceaux délibérément déséquilibrés :
• dans Qui s’élève vers les nuages, le caractère nuage (en haut à gauche) monte, laisse de l’espace vide (du ciel) sous lui.
• dans Après la pluie ou Pluie tardive, c’est un peu le même principe ; la pluie, principalement figurée par les traits obliques du caractère « pluie » à gauche, est en train de tomber. La base du sceau illustre ainsi le sol.
Les fins observateurs auront remarqué que le caractère « pluie » 雨 se retrouve dans le caractère « nuage » 雲 dont il est la clé, le radical, numéroté 76 dans la grille des 214 radicaux.
Dans le prochain billet je montrerai, étape par étape, la fabrication d’un sceau. En attendant, retour à la tradition pure et dure avec un sceau impérial à neuf plis (voir ce précédent billet). C’est l’un des sceaux de Kangxi (1654-1722), quatrième empereur de la dynastie Qing (1644-1912). L’objet n’est pas en pierre mais en bois de santal, la face imprimable mesure 10 cm de côté.
Le texte dit : Honorer le Ciel, servir le peuple. Il s’agit là d’un concentré de la maxime impériale : « Honorer le Ciel, apprendre des ancêtres, faire preuve de diligence en politique, aimer le peuple. » Ce type de sceau, assez énorme, était notamment appliqué au sommet et, quand c’était possible, au centre des grandes peintures que l’empereur avait acquises ou s’était appropriées. Voici un autre sceau impérial au sommet d’une peinture de Wang Hui 王翚 (1632-1717, dynastie Qing) intitulée Ermite dans la montagne :
Ce sceau, Trésor du prince Yi 怡亲王宝, appartenait à Yunxiang, également connu sous le nom de prince Yi. Treizième fils de l’empereur Kangxi, le prince Yi occupa la fonction de régent pendant les règnes de Kangxi et de Yongzheng.
À suivre !
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J’en profite pour signaler ici que j’anime à l’occasion des stages d’initiation à la gravure de sceaux, et que je grave des sceaux à la demande. Me contacter pour tout renseignement.
Commentaires
Je trouve ça fascinant, toute une histoire dans un pouce carré. Et, fierté, j’avais reconnu la pluie !