Le monde dans un pouce carré 3
vendredi 15 août 2025, 16:47 Sceaux 印章 Lien permanent
Dans l’épisode précédent je m’étais arrêté aux sceaux à neuf plis de la dynastie des Song du Sud. Avant de reprendre le cours de l’histoire, un petit sceau en arrière (ah ah quel humour). J’avais évoqué des sceaux en bronze nous provenant de dynasties assez éloignées. En voici un autre, en bronze également :
Je n’avais pas parlé de la taille de ces sceaux. Ils sont minuscules, un centimètre carré, en général :
Le sceau rond représenté sur le panneau mesure en réalité 1,4 cm de diamètre. Voici maintenant un sceau rectangulaire qui mesure 1,9 cm de long sur 1,1 cm de large :
J’ai taillé un sceau de 1 cm de côté, dans de la pierre (je n’avais pas de bronze sous la main). Voici ce que ça donne :
Mais dites-moi, Docteur, pourquoi ces sceaux étaient-ils coulés dans le bronze et pourquoi en une si petite taille ?
Parce qu’à l’époque on n’avait pas encore trouvé de pierre facilement taillable. Et puis le bronze, c’est lourd. Alors autant créer des sceaux touts petits, puisqu’ils devaient en permanence être portés à la ceinture via une cordelette ou une bande de tissu passant dans la boucle dudit sceau. Voilà qui est dit. Reprenons notre historique.
Sous les Song du Nord (960-1127), le gouvernement restreint aux officiels le moulage de sceaux en bronze. Les privés doivent graver dans l’os, le cuivre, le jade, etc. Sous les Song du Sud (1127-1279) les artistes commencent à apposer leurs sceaux sur leurs œuvres.
Sous la dynastie Yuan (1271-1368) un peintre nommé Wang Mian découvre une pierre tendre idéale pour la gravure.
Depuis ce jour on grave principalement dans des pierres telles celles de Soushan, Qingtian, Changhua, etc.
À partir de la dynastie Song du Sud (1127-1279) plus aucune règle ou bouleversement technologique ne viendra bloquer le développement des sceaux. C’est donc la fin de ce très petit historique, résumé en une frise qui montre l’évolution stylistique des sceaux.
Il y eut des changements dus aux techniques - sceaux coulés en bronze, gravés dans le cuivre puis la pierre -, des écoles différentes selon les époques. Cela dit, des critères se sont lentement mis en place, j’en parlerai la prochaine fois.
À suivre !
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J’en profite pour signaler ici que j’anime à l’occasion des stages d’initiation à la gravure de sceaux, et que je grave des sceaux à la demande. Me contacter pour tout renseignement.
Commentaires
Mais, il y a un “trou” de quasi trois siècles dans ta frise ? Que s’est-il passé entre 1278 et 1644 ?
Amusant, il y a des sceaux en bronze en photo qu’on penserait devoir soulever à deux mains…
Celui sculpté avec un animal dessus est de toute beauté ! 🤩
SACRIP’ANNE : J’ai oublié, en effet, de mettre des sceaux des dynasties Jin (1115-1234) et Yuan (1271-1368), qui valent le coup d’œil.
Après, les Ming (1368-1644) n’ont fait que copier leurs prédécesseurs, c’était un oubli volontaire.
Donc, dans la suite je recaserai dès que je le pourrai des sceaux Jin et Yuan.
Et qu’en est il aujourd’hui des sceaux dans la culture chinoise ? juste un souvenir folklorique d’une autre époque, un témoignage, ou est ce encore quelques chose qui à son importance pour tel ou tel catégorie de gens ?
GILSOUB : Tu as le chic pour poser des questions simples qui demandent des réponses compliquées ;-)
Le sceau personnel reste, dans certains cas, une pièce d’identité. Si l’on veut se marier, par exemple, il est obligatoire. Avant l’instauration des distributeurs automatiques de billets et des cartes de crédit, il était indispensable pour tirer de l’argent au guichet d’une banque.
Je pense qu’il demeure indispensable pour les entreprises qui doivent signer des contrats commerciaux (en tout cas c’est ainsi, encore aujourd’hui, au Japon).
À part ça, le sceau est un objet culturel important. On en trouve dans tous les musées de la sphère chinoise, les graveurs de sceaux sont légion, les concours de gravure de sceaux le sont également, que ce soit en Chine continentale, à Hong Kong ou à Taïwan. Il y a également beaucoup de graveurs au Japon.
Dans ma région, différentes instances chinoises me demandent de donner des conférences et des cours d’initiation à la gravure de sceaux.
C’est un art vivant.